La contradiction d’OpenAI : le profit plutôt que le but ?

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OpenAI, la société derrière ChatGPT, fait l’objet d’un examen minutieux en raison de sa restructuration d’une entité purement à but non lucratif vers un modèle hybride avec une branche à but lucratif. Ce changement soulève de sérieuses questions quant à savoir si l’entreprise peut réellement maintenir sa mission initiale : développer l’intelligence artificielle « pour le bénéfice de toute l’humanité ».

Fondée à l’origine comme une organisation à but non lucratif pour protéger sa technologie de l’influence des investisseurs, OpenAI a désormais créé une structure dans laquelle les motivations du profit pourraient facilement éclipser ses objectifs éthiques déclarés. Malgré les assurances du PDG Sam Altman selon lesquelles le côté à but non lucratif guidera le côté à but lucratif, les critiques soutiennent qu’il s’agit d’une tentative à peine voilée de fonctionner comme n’importe quelle autre société d’IA.

La zone grise juridique

Selon Catherine Bracy, fondatrice de Tech Equity, l’accord d’OpenAI pourrait être illégal en vertu de la loi californienne. L’entreprise met essentiellement les régulateurs au défi d’appliquer les réglementations à but non lucratif, compte tenu de son énorme levier financier et de ses ressources juridiques. Bracy soutient qu’OpenAI viole sciemment ses obligations légales en donnant la priorité au profit plutôt qu’à sa mission déclarée.

La fondation annoncée par la société, d’un montant de 180 milliards de dollars, est considérée avec scepticisme. Les critiques pensent que cette fondation fonctionnera davantage comme un bras de responsabilité sociale d’entreprise que comme une entité véritablement indépendante, orientant le financement vers des initiatives qui profitent à la position d’OpenAI sur le marché plutôt que vers un véritable altruisme.

La dynamique du pouvoir

Le problème central est un conflit d’intérêts fondamental. La mission déclarée d’OpenAI se heurte aux pressions inhérentes au monde du profit, où « gagner » la course à l’IA et maximiser les profits ont la priorité. Les actions de l’entreprise – y compris les collaborations avec le ministère de la Défense et la gestion des interactions controversées avec les chatbots – suggèrent que les profits l’emporteront toujours sur les considérations éthiques.

Bracy souligne l’hypocrisie d’accepter un financement d’OpenAI tout en remettant en question son intégrité. Elle établit des parallèles avec les industries du tabac, de l’alcool et des sodas, où la recherche financée par les entreprises est intrinsèquement biaisée. L’indépendance de la fondation d’OpenAI est discutable, compte tenu de ses liens financiers directs avec la branche à but lucratif.

Vue d’ensemble

Cette situation met en évidence un problème plus vaste : le pouvoir incontrôlé des milliardaires de la technologie et leur capacité à contourner les réglementations. Le pari d’OpenAI repose sur l’hypothèse que les régulateurs ne contesteront pas ses actions, un pari qui reflète la mentalité de la Silicon Valley « demander pardon, pas permission ».

Le débat sur l’avenir d’OpenAI ne concerne pas qu’une seule entreprise. Il s’agit du contrôle fondamental du développement de l’IA et de la question de savoir si celui-ci sera guidé par le profit ou par un véritable bénéfice public. Si cette restructuration se maintient, elle créera un dangereux précédent, suggérant que même les engagements éthiques les plus ambitieux peuvent être sacrifiés sur l’autel du gain financier.

La lutte pour l’orientation d’OpenAI est loin d’être terminée, Bracy et d’autres réclamant une plus grande responsabilité et une réévaluation de la manière dont l’IA est gouvernée. L’avenir de cette technologie – et son impact sur l’humanité – est en jeu.