Une nouvelle tendance bizarre domine Internet : la télé-réalité générée par l’IA mettant en vedette des fruits anthropomorphes. Des séries comme « Fruit Love Island » accumulent des dizaines de millions de vues, ce qui soulève des questions sur la raison pour laquelle ce contenu étrangement convaincant est si populaire. Le phénomène n’est pas seulement un mème éphémère ; cela représente un appétit croissant pour un divertissement à faible effort et basé sur des algorithmes.
La genèse du Fruit Slop
La tendance est née de modèles GPT personnalisés comme « Object Talk », construits dans ChatGPT par AI Century. Ces outils génèrent des scripts intégrés aux générateurs vidéo IA, créant ainsi un pipeline rationalisé pour produire du contenu absurde, souvent scandaleux. Initialement, les vidéos sur les fruits de l’IA ont commencé comme du matériel éducatif inoffensif avant de se transformer rapidement en feuilletons dramatiques impliquant l’infidélité, les grossesses surprises et même la violence domestique.
Un exemple particulièrement troublant concerne une Fraise qui trompe son partenaire avec une Aubergine, ce qui donne naissance à un bébé Aubergine. Le codage racial explicite n’est pas accidentel et le contenu reflète souvent les pires tropes de la télévision de jour. L’attrait semble résider dans la valeur choquante et la pure absurdité de tout cela.
Échos d’Elsagate
Cette prolifération rapide de contenus troublants générés par l’IA rappelle le scandale « Elsagate » des années passées sur YouTube. À l’époque, les chaînes optimisées par des algorithmes inondaient YouTube Kids de contenus dérangeants, violents et sexuels mettant en vedette des personnages d’enfants – conçus pour passer outre les filtres et être diffusés automatiquement dans les flux d’enfants sans méfiance. Bien qu’il ne soit pas identique, le phénomène actuel des chutes de fruits partage un mépris similaire pour les frontières et une dépendance à l’exploitation des failles algorithmiques.
Cohérence grâce à la copie
Malgré une production nécessitant peu d’efforts, certaines séries comme « Fruit Love Island » tentent un certain degré de cohérence en s’inspirant directement des intrigues et des dialogues des émissions de télé-réalité établies. L’émission a recréé un moment viral de « Love Island USA » presque textuellement, avec des personnages de fruits générés par l’IA répétant les lignes. Le personnage de Watermelon adopte même une caricature des modèles de discours noirs, ajoutant une autre couche d’absurdité problématique.
Pourquoi les gens regardent-ils ?
Les raisons de cette tendance sont multiples. Comme l’a expliqué la créatrice de contenu Caroline Deery au New York Times, les vidéos offrent une distraction momentanée de l’écrasante négativité du monde réel. C’est une évasion dans un royaume où les fraises ont des liaisons et où les pastèques utilisent l’argot.
Le Wall Street Journal rapporte que le fandom s’est étendu au-delà du simple public, engendrant des retombées, des comptes récapitulatifs et des communautés de fans. Les sociétés de capital-risque comme Andreessen Horowitz y prêtent attention, reconnaissant cela comme un point d’inflexion potentiel pour les investissements dans le divertissement par l’IA.
Le facteur robot
Certains affirment qu’une part importante de l’audience est artificielle. De nombreuses vues peuvent provenir de balayages abrégés comptés comme des suivis complets après seulement trois secondes, ou de robots interagissant avec le contenu généré par les robots dans une boucle sans fin. Les communautés Reddit vont de la moquerie (« parce que certaines personnes sont des idiots ») à l’acceptation cynique.
L’interdiction et la réintégration de TikTok
TikTok a brièvement supprimé le compte d’Ai Cinema, la force motrice de cette tendance, en invoquant des raisons peu claires, notamment les abonnés aux robots et les violations des droits d’auteur. Cependant, le compte a été rapidement rétabli, garantissant que Cherrita et Orangelo poursuivront leurs aventures numériques.
En fin de compte, l’essor de l’IA fruit slop démontre à quel point les limites du divertissement en ligne se sont étendues. Reste à savoir s’il s’agit d’un véritable changement culturel ou d’une exploitation algorithmique, mais c’est un phénomène qui mérite attention.
